Alors, pourquoi ce changement de statut ?

Au mépris de toute négociation et discussion avec les organisations professionnelles et syndicales, avec les parlementaires et les associations de consommateurs, le Chef de l’Etat annonce le changement de statut de la Poste. Il prétend que celui-ci n’aura pour but que de permettre l’ouverture du capital aux investissements publics, que les investisseurs privés n’y auraient pas accès, que seuls la Caisse des dépôts et consignations et l’Etat lui-même seraient sollicités.

Selon Mr Sarkozy, ce changement serait exigé par les directives européennes,et n’aurait pas été négocié par le gouvernement français.

Ce sont là des déformations de la vérité pour justifier les mauvais coups que le Chef de l’Etat veut porter contre ce noyau dur du service public qu’est la Poste. Or les citoyens français ne sont pas des imbéciles. La réalité est tout autre.

D’abord, ce sont bien Mrs Bussereau et Novelli, secrétaires d’Etat chargés respectivement des transports et des entreprises et du commerce extérieur, qui, lors du Conseil Européen des 1 et 2 octobre 2007, ont négocié pour la France l’accord politique prescrivant l’ouverture à la concurrence du marché postal.

Ensuite, si les directives européennes prescrivent bien l’ouverture à la concurrence, elles n’imposent en rien le changement de statut de la Poste.

Alors, pourquoi ce changement de statut, qui implique une transformation de la législation française ?

C’est vrai que la Poste, pour faire face à l’ouverture à la concurrence notamment, a besoin d’avoir recours à des investisseurs. Pour une ouverture aux investisseurs publics, il n’est pas nécessaire de changer de statut : cela se pratique déjà.

En réalité, ce changement de statut n’est indispensable que pour mettre en place la privatisation du service public. Mr Sarkozy veut imposer… le « service public … privatisé », qui consistera à accroître les dividendes versés aux actionnaires et à augmenter les parts de marché, en réduisant les missions de la Poste en supprimant la majorité des bureaux de poste de plein exercice et des milliers d’emplois. Ce qui est déjà commencé, et va en s’amplifiant : en 2004, il y avait 30 Agences postales communales ,en 2008 il y en a 89, ce qui veut dire que 89 bureaux de poste de plein exercice ont été fermés, et transformés en Agences Postales Communales ( qui offrent des services limités).

Mais il y a d’autres choix.

Pour trouver du capital : ne peut-on commencer par demander à l’Etat d’assurer les coûts des missions inscrites au contrat de service public, par exemple, presse, retraites, dont il a la charge, ce qu’il ne fait pas, et de payer les dettes qu’il a envers la Poste. Pour l’année 2007, il a laissé à la Poste une ardoise de 1 milliard d’euros. Et cela n’est pas fini. Après tout, l’Etat vient bien d’injecter des milliards d’euros pour « sauver » les banques et les investisseurs privés, et cela sans contre-partie! Aussi, ne doit-on pas faire obligation à la Direction de la Poste d’abandonner tout investissement boursier hasardeux?…Elle vient de perdre des millions d’euros dans la chute de la Banque Lehman Brothers. La Poste n’a pas vocation à nourrir les marchés financiers.

C’est tout l’intérêt d’un débat public autour d’autres possibilités, proposées depuis des mois par les partenaires sociaux, et méprisées par le gouvernement.

Notamment, l’idée d’un pôle public financier soumis à un contrôle démocratique est une idée à discuter. Affaire à suivre…

Voilà pourquoi il est indispensable que toute la population se mobilise contre le projet de Mr Sarkozy, ce n’est pas à lui de décider de l’avenir de la Poste, c’est à la nation. Nous vous invitons à aller signer l’appel national contre la privatisation de la Poste, pour un débat public et un référendum sur le service public postal, devant les bureaux de poste de tout le pays, le samedi 10 janvier 2008 et à vous déplacer nombreux à la manifestation du 29 janvier.

Jacqueline Rougier